
Torres del Paine, notre destination finale de voyage et ultime effort pour clôturer cette merveilleuse aventure de 1 an. Pour nous rendre sur le célèbre parc, le plus beau d'Amérique du Sud, selon les dires, nous devons nous rendre à Puerto Natales. Située en Patagonie Chilienne, dans la région australe de la Ultima Esperanza, cette ville ne revêt aucun intérêt si ce n'est d'être le point de départ pour rejoindre Torres del Paine. Nous quittons donc momentanément l'Argentine que nous retrouverons à la fin de notre voyage pour prendre notre dernier vol pour Paris. Après 5h de bus, nous nous installons, sur les conseils d'un couple rencontré à El Chalten, dans un hôtel bon marché mais qui dispense de précieux conseils aux trekkers qui se lancent à l'assaut du massif.
Deux options s'offrent à nous :
- La première et la plus populaire est le parcours communément appelé « W », qui de par son cheminement autour des montagnes du Torres décrit cette lettre de l'alphabet. Ce parcours en très grande majorité adopté par les randonneurs offre de superbes panoramas sur les lacs et sur le massif Paine en un minimum de temps, soit 4 à 5 jours.
- L'autre option, plus longue mais aussi plus complète, concerne la réalisation du grand circuit qui nécessite entre 8 et 10 jours pour arriver à bout de la centaine de kilomètres de sentiers parfois très escarpés et bien souvent recouverts de boue.
Ces deux circuits peuvent être réalisés en camping sous tente ou même parfois en refuge sur certains tronçons de la boucle. Cependant, nous sommes bien loin des lodges confortables et bon marché du Népal, de ce fait, nous nous résolvons à louer du matériel de camping et vivre au plus près de la nature pendant toute la durée de ce périple. Nous avions, à l'origine, décidé de rentrer sur Buenos Aires en bus depuis la Patagonie, ce qui aurait été bénéfique pour notre porte-monnaie, mais qui à vrai dire, de par la durée du voyage, ampute sérieusement les deux courtes semaines qu'il nous reste à vivre avant notre retour. Bon an mal an, et après moultes cogitations, nous nous portons acquéreurs de deux coûteux billets d'avion pour notre retour sur Buenos Aires au départ de Punta Arenas au Chili, ce qui nous permet sereinement de partir à la conquête du Torres del Paine par son parcours le plus aventureux : le grand circuit.
Disposant tout de même de délais fort courts, nous projetons notre départ pour le lendemain matin. Equipés d'une longue liste de tâches, nous partons à l'assaut des magasins d'alimentation et d'équipement de camping pour que nous puissons, dans les jours qui viennent, braver les conditions météorologiques imprévisibles et violentes dans cette région reculée du monde, le plus au sec possible et avec le maximum d'autonomie.
Jour 1, du lac Pehoé au campamiento italiano
Comme prévu, le minibus passe nous prendre à notre hôtel à 7h. Ce matin, comme à l'accoutumée, le temps est maussade, venteux et froid. Nos sacs bourrés à ras bord de vivres pour les 4 premiers jours et de notre matériel sont plus que pesants. Ces 8 jours s'annoncent difficiles. Nous passons les 2h30 de bus plongés dans un semi-coma, puis arrivons enfin à l'entrée du parc. Nous nous affranchissons du prix du billet, remontons aussi sec dans le véhicule pour nous rendre à l'embarcadère du catamaran qui, après avoir traversé le lac Péhoé, nous dépose au départ des sentiers de trek.
Pour débuter, la majorité des randonneurs se rendent au mirador du Glacier Grey, mais nous choisissons de filer directement au camping qui se situe à l'entrée de la Vallée Frances, que nous visiterons le lendemain. Par ailleurs, le grand circuit nous mènera au Glacier Grey à la fin de notre parcours, nous aurons donc tout le temps de l'observer par la suite. Je trouve, pour ma part, que ces deux premières heures de portage sont épuisantes pour le dos. Je n'ose imaginer comment se dérouleront les prochains jours où nous avons prévu de marcher en moyenne 6 heures. Dans un sous-bois bien abrité, nous installons notre tente pour notre première nuit sous un ciel plutôt chargé. Bientôt une averse éclate, elle ne cessera de toute la nuit, nous dégustons ce soir notre soupe et nos nouilles déhydratées à l'abri de notre petite tente.
Jour 2, Du campamiento italiano au refugio Los Cuernos
Ce matin, la pluie a cessé, le ciel est gris mais pas trop menaçant. Nous abandonnons nos sacs et notre tente au camping le temps d'aller effectuer une marche d'environ 5h pour aller admirer la beauté de cette vallée réputée un des plus beaux endroits du circuit. Le soleil n'arrive pas à percer, mais, au moins, nous marchons au sec. Pendant que nous admirons les majestueuses montagnes appelées les « cuernos », qui nous dominent à notre droite, d'impressionnants glaciers nous toisent, accrochés aux parois des montagnes qui nous surplombent à notre gauche. L'endroit est superbe et sauvage, et au fur et à mesure que nous prenons de la hauteur, nous pouvons apprécier les vues dégagées sur le lac Péhoé d'un bleu turquoise extravagant. 
A la mi-journée, nous sommes étonnés de constater que nous sommes quasiment les seuls à arpenter les sentiers sinueux et rocailleux de cette portion du trek normalement très fréquentée. L'auraient-ils tous visité la veille alors que nous nous étions réfugiés dans notre tente ? Sur le chemin du retour vers le campement, nous croisons une dizaine de petits groupes rencontrés le jour précédent et qui ont fait la grasse matinée alors que nous nous sommes levés aux aurores. Le soleil brille dorénavant généreusement, et après avoir englouti une ou deux barres chocolatées, notre repas du midi, nous prenons le chemin de notre prochain campement qui, cette fois-ci, est géré par des privés et possède un refuge. 2h30 de marche séparent notre position de notre but de l'après-midi, le portage sera donc facile.
Réchauffés par les réconfortants rayons du soleil, nous nous arrêtons en chemin sur une très jolie plage composée uniquement de galets blanc et noir, tel un damier naturel baigné par une eau translucide bleutée. Nous y restons quelques minutes afin de nous délasser un peu, puis décidons de longer la plage pour retrouver le sentier plus loin. Quelle erreur ! Nous trouvons effectivement ce qui fût probablement une ancienne trace empruntée jadis par les trekkers, mais qui ne fera que nous éloigner de notre objectif. Une demie-heure plus tard, nous nous retrouvons à escalader les éboulis instables de la montagne qui nous fait face. La marche commence à devenir périlleuse. Fort heureusement, Steph finit par apercevoir au loin, en contrebas, la voie à emprunter. Il va falloir maintenant redescendre de notre promontoire improvisé. Je réussis à me prendre les pieds dans une racine et trébuche. Je chute et dévale quelques mètres mais suis heureusement freinée par une grosse pierre. Steph, alerté par mes cris court me rejoindre. Il y a eu plus de peur que de mal, je ne suis même pas égratignée. Nous nous sortons de nos pérégrinations rocambolesques du jour au prix d'une bonne dose d'énergie, et arrivons au camp Los Cuernos complètement exténués.
Dans ce campement « de luxe », nous trouvons le réconfort sous une bonne douche chaude suivie d'une bonne bière fraîche. L'endroit magnifique est sublimé par la lumière du coucher de soleil que Steph ira immortaliser du haut d'un promontoire rocheux dominant le lac et les alentours.
Jour 3, du campamiento los Cuernos au campamiento Torres
La nuit fut réparatrice en dépit du peu de place et de la condensation sous notre tente qui stagne sous la toile faute d'ouverture extérieure sur le toit. Belle erreur de conception. Aujourd'hui, 9 heures de marche nous attendent. Nous longeons, une partie de la matinée, un magnifique lac dont la couleur change constamment avec la lumière. Notre objectif du jour est de rejoindre le campement qui se trouve au pied des fameuses aiguilles Torres del Paine, afin de pouvoir assister à l'hypothétique flamboyant lever de soleil à 4h le lendemain. Finalement, les 9h se tansformeront en 6h30. Nous marchons à bonne allure, et bénéficions d'un temps clément toute la journée, ce qui nous fait apprécier d'autant plus notre évolution au milieu de ces panoramas si dépaysants.
Le sentier longe une gorge béante, puis nous passons le premier refuge où bon nombre de randonneurs s'arrêtent, fatigués de leur journée, pour s'installer au campement Torres où la pluie nous attend. Nous montons en hâte la tente et nous y réfugions. Le sommet des tours, lorsqu'ils sont dégagés sont visibles depuis la lisière du bois où nous avons trouvé refuge. A cette heure, elles ont disparu dans le brouillard jusqu'à leur base. Nous appréhendons quelque peu le lever de soleil du lendemain qui semble actuellement compromis mais gardons néanmoins espoir, le temps changeant extrêmement rapidement.
Vers 20h30, la pluie cesse et les tours apparaissent. Je suis vraiment fatiguée de cette journée longue et éprouvante et rechigne à enfiler à nouveau mes lourdes chaussures et entamer une ascension laborieuse d'une heure au milieu de gros blocs de granit pour atteindre le mirador des tours. Steph quant à lui, attrape son appareil photo, jette quelques affaires dans un sac et part comme une flèche ne voulant pas manquer cette trop rare fenêtre de tir qui lui permettra de prendre quelques clichés emblématiques des lieux. Il ne lui a fallu que 25mn pour atteindre son but dans le chaos minéral qui règne à cet endroit. Une heure et demie plus tard, alors que les pics sont de nouveau invisibles, il revient enfin et m'annonce qu'il s'est fait une entorse en essayant d'atteindre la crête étroite et balayée par les vents qui dominent le site. Sa cheville n'est que légèrement gonflée mais le fait souffrir. Toutefois, il ne semble pas vouloir arrêter le trek et pense pouvoir continuer en serrant bien sa chaussure pour maintenir son articulation. Prévoyants, nous avions emporté du voltarène et quelques anti-inflammatoires qui devraient faire l'affaire pour les prochains jours.
Jour 4, du campamiento Torres au campamiento Seron
A 2h45, alors que le réveil tente de m'extirper d'un profond sommeil, la pluie tombe sur la toile synthétique de notre habitation. La cheville de steph n'a pas trop gonflé. Nous nous équipons rapidement en dépit du mauvais temps alors que nous avons encore l'espoir que la couverture nuageuse se dissipe au lever du jour. Nous escaladons laborieusement le chemin accidenté qui se devine grâce à la lumière de la lampe frontale. N'en possédant plus qu'une depuis la perte de celle de Steph en Thaïlande, il me précède et tente tant bien que mal de se diriger tout en maintenant son attention sur les obstacles glissants qui pourraient être fatals à la continuité de notre entreprise. Beaucoup moins performant que la veille, nous n'atteignons notre but qu'une heure plus tard. Il est 4h du matin et les tours sont complètement nimbées d'une épais brouillard qui semble perdurer. A cette heure, nous sommes seuls sur les lieux.
Pour nous protéger du froid cinglant et de la fine bruine pénétrante et glacée, nous nous installons tant bien que mal à l'abri, dans l'infractuosité d'un gros rocher. Ayant emporté le matériel idoine, et pour nous faire patienter de l'hypothétique arrivée du soleil, nous nous préparons un erzatz de soupe qui a l'avantage, à défaut de nous régaler, de nous réchauffer quelque peu. Sonné 5 heures, les tours sont toujours invisibles, et l'astre lumineux tarde à se découvrir, alors que des dizaines de randonneurs envahissent peu à peu les lieux, recherchant comme nous, le spectacle qui finalement ..... n'arrivera jamais. Il est temps pour nous de redescendre, laissant derrière nous la horde d'illuminés qui croit encore au miracle. La descente est délicate mais se solde par une arrivée sans heurt. Nous tentons de dormir quelques heures de plus, puis reprenons la route car plus de 8 heures de marche nous attendent aujourd'hui. Nous ne devons donc pas perdre trop de temps.
Ayant prévu la juste quantité de vivres et de gaz pour atteindre la fin du « W », nous faisons le plein de victuailles dans un refuge afin d'entamer sereinement le début du circuit arrière où il est vital d'être totalement indépendants. Notre première étape sur ce tronçon fort peu fréquenté sera le camping Seron que nous atteindrons en fin d'après-midi après avoir traversé de tout autres paysages et notamment de merveilleux champs de marguerites. Au chaud, près du poèle dans la pièce principale d'un refuge minimaliste, nous faisons la connaissance de Cora, une française de 22 ans qui vit au Chili depuis plus d'un an dans le cadre de ses études en agronomie. Sur ce grand tour déserté par la foule, nous nous trouvons des affinités communes et notamment l'ascension des pentes du Huayna Potosi. Il faut dire que cette fille de savoyards et de surcroît entraînée régulièrement par son père, guide de haute montagne, pratique l'alpinisme de manière assidue.
Jour 5, du campamiento Seron au campamiento Dickson
La nuit fut mauvaise. Je n'ai quasiment pas fermé l'oeil à cause du froid saisissant qui arrive à passer au travers de nos duvets épais et toujours humides de condensation aux extrémités. Je me sens faible et l'ingurgitation de la soupe du matin maintenant devenue quotidienne, tente tant bien que mal de me réchauffer. Du fait de cet état de léthargie avancée, l'effort de la marche est aussi plus éprouvant d'autant que nous devons affronter sur cette portion, des vents violents qui manquent plusieurs fois de nous précipiter dans des ravins profonds lors des passages à découvert. 
Au fur et à mesure de notre avancée, les pas se font lourds et la dextérité qui m'animait jusqu'alors laisse la place à la maladresse. Au franchissement d'une rivière, je glisse sur une pierre et emportée par le poids conséquent de mon fardeau, chute en arrière dans l'eau glacée. Je suis complètement trempée de la tête au pied mais l'étanchéité de mon sac pourtant mis à mal s'est avérée excellente car peu d'affaires sont mouillées à l'intérieur. Dans la hâte, au milieu de quelques buissons faisant office de vestiaire, je me change un peu paniquée mais assistée par Steph qui orchestre avec maestria l'ordonnancement des opérations. L'arrivée au camping du refuge est perçue comme un grand soulagement. Profitant d'une météo au demeurant clémente, je m'empresse de trouver un endroit pour faire sécher mes affaires. D'un commun accord, nous décidons de déroger à notre maigre pitance journalière et, pour réconforter la maladroite que je suis, nous offrons exceptionnellement un festin de roi : un énorme sandwich au fromage !
Je suis, je dois l'avouer, ravie de laisser de côté les nouilles deshydratées ! 
Rassasiés, profitant du coucher du soleil tardif (23h) et d'une merveilleuse lumière, nous nous engageons au milieu des herbes hautes mouillées par la dernière averse vers un point de vue magnifique qui surplombe le lac Dickson d'où nous pouvons admirer les langues bleutées du glacier qui se jettent dans les eaux calmes à quelques encâblures de là. L'effet de la brume illuminée par le soleil couchant sur le monstre gelé est du plus bel effet. Une fois de plus, alors que le sommeil semble me murmurer une invitation irrésistible à venir m'étendre sous notre tente, Steph s'en va d'un pas encore alerte, immortaliser l'étonnante symétrie des nuages rougeoyants se reflétant dans le lac exceptionnellement plat du fait de l'absence inhabituelle mais temporaire du vent.
Jour 6, du campamiento Dickson au campamiento Los Perros 
Je m'assure au petit matin que mes affaires, confiées au personnel du refuge qui dispose d'un poèle qui ronronne toute la nuit, sont quasiment sèches. Nous sommes accompagnés de Cora qui nous fait le plaisir de sa présence au moins jusqu'au prochain campement niché dans un bois protecteur au pied du col que nous devons franchir le jour suivant. Cette étape, cheminant au milieu d'une très belle forêt de Lengas (hêtres de Patagonie), est d'autant plus agréable qu'en dépit d'un vent fort, le soleil est de la partie, si bien qu'une fois rendus à destination, nous hésitons à partir à la conquête du col dans la foulée.
Je me sens fatiguée et sais pertinamment que 6h de marche supplémentaires sont nécessaires pour rallier le lieu d'hébergement suivant. Partagés entre le scepticisme et la fatigue cumulée de notre périple, nous décidons d'attendre le matin suivant en espérant que nous bénéficierons d'une météo aussi clémente.
Jour 7, du campamiento Los Perros au refuge Grey
Nous aurions mieux fait de nous épuiser la veille !
La pluie est tombée toute la nuit sans discontinuer, et résonne encore ce matin à notre réveil sous notre tente froide et humide. Nous plions tant bien que mal et rangeons dans un sac poubelle, la structure de toile gorgée d'eau. Pendant la première heure, déjà exténuante, nous traversons des champs de boue où les guêtres en Gore Tex même si elles s'avèrent très utiles, ne contiendront pas longtemps le trop plein d'eau qui ne manque pas de s'infiltrer lentement dans les chaussures, saturant d'humidité les grosses chaussettes de randonnée. Nous traversons un torrent grondant, devenu dangereux de par les trombes d'eau qui tombent depuis maintenant plus de 12h. L'exercice est périlleux, le pont est constitué de deux rondins de bois qui affleurent l'eau alors qu'un cable métallique lâche fait office de garde-corps.
Trempés, glacés, presque découragés même devant autant de distance à parcourir dans de telles conditions, nous commençons l'ascension de la montagne qui nous emmène au col Gardner qui surplombe un des plus grands glacier de notre planète : le glacier continental Hielo Sur, long de plus de 400kms. Entre-temps, non seulement le vent s'est intensifié et les trombes ont maintenant remplacé les gouttes. Les dizaines de litres d'eau que nous recevons, précipitées par la violence des rafales nous fouettent le visage, et nous gèlent les extrêmités des doigts. Nous nous agrippons à notre bâton de randonnée qui nous aide à gravir le pierrier et surtout nous empêche de tomber face aux fortes bourrasques contre lesquelles nous devons lutter. La progression est souvent compliquée par la traversée de grande plaques de neige gorgées d'eau mais que nous ne pouvons contourner. N'ayant d'autre choix que de nous plier aux caprices du temps et de progresser, nous effectuons dans la hâte les 6 heures de sentier prévues pour le passage du col en seulement 4 heures. 
Quelques kilomètres après ce dernier, nous tentons tant bien que mal de trouver chaleur et réconfort auprès d'un poèle de fortune installé sous un toit de tôles ondulées où une petite poignée de randonneurs téméraires s'est retrouvée. Plus une seul centimètre carré de notre corps n'est sec et la faim nous tenaille. Dans un désordre inhabituel, nous extirpons de nos sacs devenus éponges, quelques vêtements épargnés par la pluie qui nous l'espérons, pourront nous éviter des complications de santé. Il eût été bien tentant de camper ici, mais après une courte tergiversation, nous décidons de pousser jusqu'au refuge Grey à 4h de marche, où pour trouver la motivation nécessaire, projetons pour cette dernière nuit, de nous offrir un lit au secdans le refuge accompagné d'un repas « normal ». De toute façon, notre tente est presque hors d'usage et l'espoir de l'étendre pour la faire sécher est bien maigre. Nous enfilons de nouveau nos vêtements détrempés et préservons le seul change que nous avons dans nos sacs poubelles étanches, puis repartons sous une pluie battante sur les chemins boueux qui conduisent à l'endroit convoité avec comme unique pensée, le bonheur de passer une nuit dans un vrai lit et de manger un repas chaud installés confortablement face à l'âtre d'un poèle brûlant. Nous disons aurevoir à Cora, qui, moins courageuse et pas assez bien équipée contre la pluie restera ici ce soir.
2h45 plus tard, au lieu des 4h prévus, nous devinons la toiture du refuge Grey qui dépasse d'un bosquet de Lengas. L'installation dans un dortoir pour 8 personnes est complexe, d'autant qu'aucun endroit n'est prévu pour étendre les affaires mouillées, mais nous pouvons dorénavent savourer le confort somme toute modeste de ce lieu à la chaleur bienfaisante qui, à ce moment précis, nous ravit autant qu'un établissement 3 étoiles.
Jour 8, Du refuge Grey à Puerto Natales
Ce dernier jour de notre audacieux parcours, nous arrivons à l'embarcadère du catamaran après seulement 3 heures de marche. Nous sommes courbaturés de la dure journée d'hier, et sommes plutôt silencieux à bord du navire puis du bus qui nous raccompagne à Puerto Natales. Nous éprouvons toutefois une grande satisfaction d'être allés, une fois de plus, au bout de nous-même et d'avoir choisi d'effectuer ce circuit qui offre des images de la Patagonie vraiment inédites et magnifiques. Nous avons le sentiment de terminer en beauté ce long périple de 1 an, qui aujourd'hui nous semble avoir défilé à une allure folle.
A l'occasion du réveillon de noël, et qui plus est, en manque de bonne chère depuis fort longtemps, nous dînons dans un excellent restaurant où nous nous régalons de mets fins et d'une bonne bouteille de vin puis terminons la soirée tout simplement dans un vrai lit. Quel bonheur !
Dans trois jours, nous serons à Buenos Aires où nos prendrons notre avion pour Paris. La nostalgie nous accompagne ces derniers jours, mais nous sommes heureux de revoir à nouveau les personnes que nous sont chères, et de redevenir sédentaires. Pour combien de temps...









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